l'art en série
l'industrie goupil et cie
NOTRE PROJET
Nous avons le plaisir de vous présenter notre projet :
L'art en série, l'industrie Goupil et Cie
À travers ce projet, nous allons développer une saison culturelle, avec les journées européennes du patrimoine, des visites urbaines et de nombreuses surprises…

NOS AXES DE RECHERCHE AUTOUR DE NOTRE PROJET
Dans le cadre du programme de recherche pluridisciplinaire «Produire pour vendre : les estampes et les photogravures de la maison Goupil à l’âge de la Révolution industrielle», coordonné par Aurélie Mounier (UMR 6034 Archéosciences Bordeaux – CNRS), l’association Archimuse a été sollicitée afin de concevoir et de mettre en œuvre un projet de médiation culturelle en lien avec la collection Goupil. Ce programme scientifique, inscrit dans le volet Recherche 2024 de l’appel à projets « Recherche & Plateformes en Nouvelle-Aquitaine », vise à renouveler l’étude de cette collection en croisant l’analyse matérielle des œuvres avec une approche historique, technique, esthétique et sociale.
Il mobilise des compétences variées – archéométrie, histoire de l’art, muséographie – afin d’interroger la place de la maison Goupil dans le développement de l’image industrielle au XIXe siècle, et d’éclairer les stratégies commerciales, les procédés de reproduction (estampe, photogravure, lithographie, etc.) et les matériaux employés (pigments, papiers, encres).
En tant que partenaire impliqué dans les sciences participatives, Archimuse joue un rôle d’interface entre les chercheurs et le grand public, participant à la valorisation des premiers résultats de la recherche à travers une série d’actions culturelles et pédagogiques, notamment en vue de l’exposition finale prévue début 2026, qui viendra clore cette saison de médiation. Ce partenariat s’inscrit pleinement dans la priorité régionale de renforcement des interactions science-société, en contribuant à une meilleure connaissance, diffusion et compréhension du patrimoine graphique de la maison Goupil.
Notre projet de valorisation du fonds Goupil se structure donc autour de plusieurs axes. Ainsi, deux thématiques principales sont exploitées dans la mise en place de nos actions.
Les techniques
Dès ses débuts, la maison Goupil emploie des techniques dites traditionnelles telles que la lithographie ou la gravure en taille-douce (eau forte, aquatinte ou encore burin), demandant l’intervention de graveurs d’interprétation. Par ailleurs, des couleurs peuvent être appliquées pendant ou après le processus d’impression.
Afin de garantir l’accessibilité de ses produits à une large clientèle, elle utilisa des techniques de reproduction largement diversifiées, permettant de vendre des estampes à un prix plus ou moins onéreux. Ainsi, la technique traditionnelle de la gravure au burin était privilégiée pour la réalisation d’estampes de haute qualité, que l’on pouvait vendre plus cher que la même œuvre reproduite avec la lithographie ou en aquatinte. L’adaptation du format de l’image et le choix de l’emploi ou non de couleurs sur l’estampe proposée à la vente sont également des facteurs qui permettent d’élargir l’éventail de prix.
Mise au point en 1839, la photographie est largement exploitée par la maison dès les années 1850 afin de produire abondamment les œuvres originales, mais aussi plus fidèlement, notamment par le procédé de photoglyptie. Des améliorations techniques successives pérennisent le succès de la maison sous le Second Empire. En associant photographie et gravure avec les techniques de la photogravure et de la typogravure, la maison peut proposer des estampes de meilleure qualité, plus durables que les premières épreuves photographiques. Celles-ci se déclinent en noir et blanc comme en couleur, dans des quantités jusqu’alors inédites. Henri Rousselon, directeur de l’usine de la société à Asnières, a particulièrement poussé la technique de la photogravure, remportant ainsi un vif succès auprès de la clientèle.
Ces innovations en termes de procédés photomécaniques ont valu de nombreuses récompenses à la maison Goupil, notamment lors des expositions internationales (médailles aux Expositions Universelles de 1855, 1867, 1873, 1876 et 1878), appuyant sa domination sur le domaine de l’édition d'œuvres d’art.
Les stratégies commerciales et la réception par la clientèle
Les nombreuses images diffusées par la maison Goupil répondent à son ambition principale de rendre accessible l’art au plus grand nombre.
Qu’il s’agisse d’un aristocrate capable de s’offrir une reproduction réalisée grâce à une technique sophistiquée, ou un client aux moyens modestes, Goupil parvenait à adapter ses productions à toutes les bourses pour vendre toujours davantage. La certitude de vendre restait toutefois une priorité, alors la maison privilégiait une clientèle aisée et bourgeoise qui garantissait son succès commercial. Par exemple, le catalogue de vente des estampes de 1880 offre une variation de prix qui va de 50 centimes de francs pour le petit format de la carte de visite à 200 voire 300 francs pour les estampes au burin et les épreuves d’artistes.
Afin de séduire son public et d’inciter à la consommation d’art, il était nécessaire de reproduire les œuvres et thématiques les plus en vogue au XIXe siècle. Ainsi, la maison Goupil diffusait des sujets populaires auprès du public, allant des grands classiques de maîtres anciens aux œuvres contemporaines les plus appréciées exposées aux Salons.
Les scènes de genre occupent une place de choix dans l’offre de la maison, celles-ci sont en effet populaires au sein de la bourgeoisie, acheteur et consommateur majoritaire des reproductions. La collection conservée au Musée d’Aquitaine est donc principalement composée d’œuvres très en vogue à cette époque illustrant notamment des scènes d’enfants, d’animaux ou encore de jeunes couples. Une thématique forte autour du XVIIIe siècle se dégage également par des représentations de figures emblématiques de cette période telles que le couple royal Louis XVI et Marie-Antoinette. La mode constitue un autre thème récurrent, faisant écho à l’Ancien Régime, particulièrement apprécié par les dames de la bourgeoisie.
La volonté de diversification des œuvres se traduisait également par leur déclinaison en plusieurs formats, allant de la reproduction fidèle à l'échelle à des versions réduites, telles que le format carte de visite.
De même, exploitant les procédés photomécaniques novateurs, la maison Goupil développe des séries d’images disponibles en formats variés et vendues à l’unité, favorisant ainsi leur diffusion et leur collection par un large public.
Afin de reproduire une œuvre, Goupil procédait à son acquisition, s’assurant ainsi l’exclusivité des droits de reproduction. La maison possédait alors une galerie où les œuvres originales étaient présentées auprès de leurs reproductions, puis revendues. Tous les artistes contemporains reproduits étaient aussi rattachés à Goupil par différents contrats, dont certains de manière exclusive, cédant l’ensemble de leurs droits de reproduction en échange de rémunération et de visibilité. Des peintres célèbres du XIXe siècle étaient donc liés à elle, à l’image d’Ary Scheffer, Paul Delaroche, Jean-Léon Gérôme ou encore Horace Vernet.
D’autre part, la qualité des estampes et la renommée de la maison s’appuyait fortement sur le choix soigneux des graveurs les plus talentueux de l’époque, dont le nom était parfois plus connu par la clientèle que celui des peintres reproduits.
La diffusion de la production prit une ampleur internationale entre 1841 et 1877. Par l’ouverture de plusieurs succursales en Europe et aux États-Unis, la maison contrôlait davantage le marché de l’édition d’art, attirait une nouvelle clientèle et avait le pouvoir de mettre en lumière des artistes ne rencontrant pas de succès dans leur pays d’origine. Il y eut au total six succursales réparties stratégiquement dans les villes de Berlin, Bruxelles, Londres, La Haye, Vienne et New York, mais également de nombreux comptoirs de vente dans le monde entier.
La collection Goupil hébergée au Musée d’Aquitaine est très riche. En effet, elle est constituée de 15 mètres linéaires d’archives diverses, 1 000 livres et revues illustrées, 7 200 matrices (cuivres gravés, pierres lithographiques, blocs typogravures et chromotypogravures, négatifs sur verre) ainsi que 46 000 estampes et 70 000 photographies.






